Isabelle Vauglin est nommée officier dans l’Ordre national du Mérite

Isabelle Vauglin

Astrophysicienne au Centre de recherche astrophysique de Lyon, Isabelle Vauglin, vient d’être faite officier de l’Ordre national du Mérite, sur proposition du Premier ministre Sébastien Lecornu. Cette prestigieuse distinction vient récompenser plus de trois décennies de carrière consacrées à la recherche. Isabelle Vauglin partage ce que cette reconnaissance représente pour elle et l’importance de ses travaux scientifiques et de son engagement pour la société.

Vous venez d’être nommée officier dans l’Ordre national du Mérite. Qu’avez-vous ressenti en apprenant cette distinction ?

J'ai été stupéfaite ! Je ne m'y attendais tellement pas que ma première réaction, à l'annonce de cette distinction par un collègue, a été de penser qu'il avait fait une erreur. Et puis, passé le moment de surprise, de la fierté avec une profonde reconnaissance pour les personnes qui ont jugé que mon travail valait la peine, que le Premier Ministre m'ait jugée digne d'être nommée. J'ai encore un peu de mal à réaliser.

Parlez-nous de vos recherches : sur quoi portent vos travaux aujourd’hui ?

Astrophysicienne, je suis plus précisément "instrumentaliste infrarougiste". J'ai travaillé toute ma carrière sur le développement de caméras pour le domaine infrarouge proche (1-5 ?m) et infrarouge thermique (5-15 ?m). Le projet actuel a pour but de développer un télescope et une caméra infrarouges spécifiquement adaptés aux conditions particulières du D?me C, où se situe la base franco-italienne de Concordia, sur le plateau Antarctique. Ce site polaire offre des conditions absolument exceptionnelles pour les observations astronomiques, de qualité intermédiaire entre le sol et l'espace. Les capacités et le savoir-faire de l'agence polaire fran?aise IPEV permettent à cette base de fonctionner toute l'année, y compris en hivernage, et rendent envisageable un tel projet.

Selon vous, qu’est-ce que cette reconnaissance vient saluer dans votre parcours de chercheuse ?

Je pense que cette distinction est une reconnaissance des actions que je mène depuis de nombreuses années pour améliorer la place des femmes dans les sciences et aussi pour inciter les jeunes, filles en particulier, à s'intéresser aux filières d'études scientifiques. Ayant toujours travaillé dans un domaine (et un laboratoire !) très masculin, je suis sensible au problème du manque de filles et de femmes en sciences.

Engagée dans l'association Femmes & Sciences en 2010, j'ai été la responsable régionale AURA en 2017 puis la présidente de 2022 à 2024. J'en suis la vice-présidente depuis 2025. Dans ce cadre, j'ai développé de multiples actions pour lutter contre les stéréotypes de genre. Par exemple, outre les interventions en classe :

  • J'organise chaque année, depuis 2017, la journée "Sciences, un métier de femmes" autour du 8 mars. Cette journée, soutenue par l'Université Lyon1 depuis 3 ans, est spécifiquement réservée aux lycéennes[1].
  • J'ai réalisé également l'exposition "la Science taille XX elles", dont la version lyonnaise date de 2019 et qui a maintenant neuf éditions régionales et une version chinoise. Cette exposition a pour objectif de mettre en lumière des femmes scientifiques contemporaines, dans tous les domaines des sciences et à tous les niveaux, pour lutter contre l'effet Matilda et veut donner aux jeunes filles d'aujourd'hui des modèles féminins auxquels elles puissent s'identifier afin qu'elles envisagent de devenir les scientifiques de demain.

En tant que présidente de Femmes & Sciences, j'ai multiplié les actions pour alerter contre les effets néfastes de la réforme du lycée de 2019.

J'ai porté également le projet de faire inscrire des femmes scientifiques au 1er étage de la tour Eiffel, toujours dans le but de faire (re)connaitre les femmes scientifiques du passé et leurs contributions majeures à l'avancée des sciences. La puissance du symbole de la tour Eiffel contribuera de manière très forte à donner de la visibilité et un rayonnement inédit à des femmes qui ont marqué l’histoire de la recherche en France mais qui ont été oubliées par la société. En constituant une frise de 72 noms de femmes juste au-dessus de la frise des 72 noms d'hommes, c’est une fa?on de rappeler la mixité dans les sciences et d’afficher notre engagement pour l’égalité. Il permettra également de donner aux nouvelles générations des modèles de femmes admirables et de les faire connaitre de tous les publics. Ce projet a été validé par la Maire de Paris en mars 2025, et j'ai remis, au nom de Femmes & Sciences, la liste des 72 femmes que nous avons sélectionnées à Anne Hidalgo le 26 janvier dernier. Je continue à suivre l'avancement du projet, dont la réalisation devrait aboutir d'ici un an.

Vos travaux ont-ils toujours été guidés par une conviction ou une ambition particulière au service de la société ?

En astrophysique, les femmes sont peu nombreuses (moins de 25 %) mais elles sont sous-représentées dans tous les métiers scientifiques des sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) alors que le fonctionnement de notre société dépend largement des sciences et des technologies ; elles ont aussi moins accès aux postes à grandes responsabilités. Une mixité correcte dans les STIM représente un enjeu majeur de société. C’est le résultat de mécanismes d’exclusion des filles des sciences à cause des stéréotypes de genre et du phénomène d’invisibilisation des femmes scientifiques.

Ces métiers sont passionnants, très variés, il n'est pas normal que les filles et les femmes en soient exclues.

Les scientifiques participent à construire le monde de demain, à relever les énormes défis que nous avons à surmonter (changements climatiques, alimentation, santé, pollution de l'eau).

Nous ne pouvons plus nous passer de la moitié des talents de l'humanité, les femmes ne sont pas une minorité ! Depuis toutes ces années, j'ai voulu agir pour convaincre les jeunes filles que la société a besoin d'elles et qu'elles ont toutes les capacités pour réussir dans tous les domaines.

? photos : Eric Le Roux / Direction de la communication Lyon 1 Université


[1] Cet événement est dupliqué depuis 2024 dans quatre autres villes de France.